5 mai 1838

« 5 mai 1838 » [source : Collection particulière / MLM / Paris, 71951], transcr. Gérard Pouchain, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1374, page consultée le 24 janvier 2026.

Bonjour mon cher petit boute-en-train, bonjour mon cher petit Blagueur. Vous serez donc toujours le même vieux Toto ? Oh ! bien je vous aimerai toujours de même aussi ; vous ne changerez pas, ni moi non plus ; cependant vous feriez bien de changer vos nuits sans sommeil et sans bonheur, contre des nuits de repos et d’amour avec votre Juju. Voilà mon opinion. Il fait un temps délicieux. Ce serait bien le moment d’aller dîner aux Marronniers1, mais vous ne le voudrez pas. J’étrenne votre fameux papier à un sou le cahier. Je le trouve très bon et très beau et très engageant à y écrire des bonnes petites choses d’amour à son Toto. Je vous aime, je vous adore, Toto. Vous êtes mon grand tout et je suis très bonne à baiser. Si vous avez du cœur vous saisirez l’esprit et la lettre de ce que je vous dis là et vous viendrez comme un Lion. Jour mon cher petit homme, je voudrais baiser tes yeux et savoir comment ils vont. Il y a bien longtemps que je ne les ai vus je t’aime toi. Tu es mon Toto ravissant.

Juliette


Notes

1 Les Marronniers : célèbre restaurant de Bercy.


« 5 mai 1838 » [source : BnF, Mss, NAF 16334, f. 112-113], transcr. Hélène Hôte, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.1374, page consultée le 24 janvier 2026.

Depuis que tu es parti, mon adoré, je travaille à ma portière. J’ai fait toute la bordure du devant et je te réponds que les doigts et les bras en l’air m’ont joliment fatiguée. Mais je fais cela avec joie en pensant que tu seras content et que me trouveras une bonne petite femme de ménage. Quel malheur mon Toto que nous ne puissions pas jouir de ces premiers beaux jours du printemps. Il y a cependant bien longtemps que je guette le premier rayon de soleil pour te faire souvenir de ta promesse depuis le commencement de l’hiver de me mener à la campagne la PREMIÈRE FOIS qu’il fera chaud et beau. Voilà déjà sept ou huit PREMIÈRES fois qu’il fait excessivement beau et chaud et que je suis toujours là attendant et ne voyant rien venir. Je sais au reste que ce n’est pas de ta faute et que nous sommes pauvres comme tout. Je t’aime mon Toto. J’aime ton cher petit portrait quoiqu’il ne soit pas joli comme vous. Je veux le faire encadrer. Et puis j’aime votre invention du pot sous la table, c’est très joli et très original. Je vous adore Nono. Jour. Soir pas soir mais je t’attends, reviens vite.

Juliette

Cette année-là…
?

Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.

elle est engagée au Théâtre de la Renaissance, où le rôle de la Reine dans Ruy Blas, écrit pour elle, lui échappe.

  • Janvier-févrierReprise d’Hernani à la Comédie-Française (les 20, 23, 25, 27, 29 et 31 janvier et les 6, 9, 12, 18, 21, 23 février).
  • MarsReprise de Marion de Lorme à la Comédie-Française (les 8, 10, 12, 15, 17, 20).
  • 25 marsReprise d’Angelo tyran de Padoue à la Comédie-Française, toujours avec Mlle Noblet, mais avec Mlle Rabut dans le rôle de Catarina. Dans cette distribution, la pièce est jouée les 7, 11, 14 et 19 août 1838, le 2 septembre 1838, les 7 et 15 février, le 6 mars et le 6 mai 1839, puis encore une fois le 2 décembre 1841.
  • MaiAnténor Joly, directeur du Théâtre de la Renaissance, engage Juliette Drouet.
  • 12 aoûtHugo lit Ruy Blas achevé à Juliette.
  • 18-28 aoûtVoyage avec Hugo en Champagne. Le 19 août, Adèle Hugo adresse une lettre à Anténor Joly pour le dissuader de confier le rôle de la Reine à Juliette Drouet.
  • 8 novembrePremière de Ruy Blas au Théâtre de la Renaissance. Louise Beaudoin joue le rôle de la Reine.